Dans le budget du gouvernement du Québec http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/budget/2017-2018/fr/documents/PlanEconomique_Mars2017.pdf#page=17, on nous annonçait les sommes suivantes pour la pêche sportive :

De plus, en ce qui concerne le développement de la pêche sportive, les sommes serviront, entre autres, au développement de :

  • la pêche dans le fleuve Saint-Laurent;
  • la relève chez les pêcheurs;
  • la pêche d’hiver.

À ces fins, des crédits additionnels de 3 millions de dollars annuellement, de 2017-2018 à 2021-2022, seront octroyés au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Pour l’année 2017-2018, les sommes prévues seront pourvues à même le Fonds de suppléance.

TABLEAU B.85

Impact financier du plan de développement de la pêche au saumon et de la pêche sportive au Québec
(en millions de dollars)

2016- 2017 2017- 2018 2018- 2019 2019- 2020 2020- 2021 2021- 2022 Total
Développement de la pêche au saumon - −2,0 −2,0 −2,0 −2,0 −2,0 −10,0
Développement de la pêche sportive - −1,0 −1,0 −1,0 −1,0 −1,0 −5,0
TOTAL - −3,0 −3,0 −3,0 −3,0 −3,0 −15,0
Le ministère annonçait sa volonté d'accompagner l'industrie de la pêche blanche aux députés de l'opposition lors d'une rencontre dernièrement, or ces sommmes sont dérisoires face aux pertes de 42 millions que l'industrie subira pendant que le gouvernement investira 1 million de dollars dans le développement de la pêche sportive. L'élimination de la pêche aux menés vivants sonne le glas de la pêche blanche tout comme ce fût le cas au Lac Memphrémagog au Lac Brome ce qui affectera de façon significative la pêche dans le fleuve Saint-Laurent, la relève chez les pêcheurs et la pêche d’hiver dont le gouvernement veut faire la promotion dans son budget. C'est donc une perte de plus de 205 milions sur 5 ans que l'économie québécoise subira.

Selon l’étude comparative du ministère du succès de pêche à la brimbale en saison hivernale effectuée en 2010 intitulée « Poissons appâts et appâts alternatifs : Comparaison du succès de pêche à la brimbale en saison hivernale » concluait que le mené vivant était la seule option qui donnait des résultats. Il est à noter que cette expérience s’est tenue au mois de mars et avril 2009. Il est aussi intéressant de noter que le pour le mené mort l’étude indique : «Mené fraîchement mort».

Nombre de perchaudes capturées à la pêche à la brimbale en fonction des appâts utilisés lors d’une expérience réalisée en mars 2009 au lac des Deux Montagnes (expérience A).  

Appât* Capture Capture (%) Capture par
brimbale-heure
Efficacité relative
au mené vivant (%)
Méné vivant  76 51,354 0,185 100
Méné fraîchement mort 49 33,11 0,119 64
Ver de terre  18 12,216 0,044 24
Crevette cuite  5 3,38 0,012 7
Asticot artificiel  0 0 - -
Total 148 100

* L’effort de pêche est le même pour tous les appâts. 

Selon l’étude menée au lac Saint-Pierre en 2004, 91% des pêcheurs d’hiver utilisaient la brimbale comme engin de pêche.

Personne n’est plus préoccupé par la gestion de la ressource responsable que les pêcheurs commerciaux et les pêcheurs de plaisance. Nous profitons et vivons de la ressource aquatique, nous n’avons donc aucun intérêt à la mettre en danger, bien au contraire.

Toutefois, des individus au sein du ministère de la Faune et des Parcs semble résolus à mettre fin à la pêche aux poissons-appâts depuis plusieurs années et ont utilisés plusieurs tactiques pour y arriver au fil des ans.

Le présent dossier démontrera que le Québec est la seule juridiction qui préconise l’approche d’empêcher la pêche aux menés vivants.

Il est d’autant plus curieux qu’il y a quelques années, le ministère distribuait de la littérature ontarienne aux pêcheurs commerciaux reconnaissant qu’ils n’avait pas assez d’expertise dans le dossier. Vous constaterez que l’Ontario, qui révise présentement la pratique de la pêche aux menés, n’a aucunement l’intention de l’interdire.

La règlementation dans les autres juridictions :

Jonathan Rondeau explique le tri au Québec

Et voici la liste des espèces interdites pour la pêche aux menés selon les dispositions de nos permis :

  • Achigan à petite bouche
  • Achigan à grande bouche
  • Anguille d'amérique
  • Alose savoureuse
  • Alose à gésier
  • Alose d'été
  • Bar blanc
  • Bar rayé
  • Barbotte jaune
  • Barbotte brune
  • Barbotte des rapides
  • Barbue de rivière
  • Baret (perche blanche)
  • Brochet d'amérique
  • Grand brochet
  • Carassin
  • Carpe
  • Crapet de roche
  • Crapet soleil
  • Crapet arlequin
  • Crapet à longue oreille
  • Couette
  • Maskinongé
  • Brochet maillé
  • Carassin (poisson rouge)
  • Chevalier blanc
  • Chevalier de rivière
  • Chevalier cuivré
  • Chevalier rouge
  • Chevalier jaune
  • Doré noir
  • Doré jaune
  • Dard de sable
  • Esturgeon jaune
  • Esturgeon noir
  • Fouille roche gris
  • Gaspareau
  • Gardon rouge
  • Grand corégone
  • Gobie à taches noires
  • Lamproie du nord
  • Lamproie argenté
  • Lamproie de l'est
  • Lamproie marine
  • Laquaiche argentée
  • Laquaiche aux yeux d’or
  • Lépisosté osseux
  • Lotte
  • Malachigan
  • Maskinongés
  • Marigane noire
  • Ombles
  • Perchaude
  • Poisson-castor
  • Saumons
  • Tanche
  • Touladis
  • Truite arc-en-ciel
  • Truite brune
  • Truite fardée
  • Omble de fontaine
  • Touladi
  • Omble chevalier
  • Saumon d'atlantique
  • Saumon coho
  • Saumon chinook
  • Saumon kokani
  • Saumon ouananiche
  • et toute espèce de poisson qui n'est pas indigène au Québec

Le but du présent dossier sur la carpe de roseau n’est pas de mettre en cause les traces d’ADN découverts par le Dr Louis Bernatchez mais plutôt pour en dissocier les dossiers de la pêche aux menés qui n’a rien à voir avec ce sujet.

Saviez-vous que vous pouvez acheter des carpes de roseau entre autres en Alberta, Ohio, Pennsylvanie et à New York pour contrôler les herbes dans les piscicultures ?

Saviez-vous que ces carpes sont supposés être stérilisées mais que le processus n’est pas efficace à 100% ?

Saviez-vous qu’il était possible d’acheter des carpes de roseau vivantes en Ontario et qu’il est fort possible qu’elles aient été libérées directement dans le Lac Ontario ?

Est-ce que le ministère est en mesure de faire cesser la pratique de la vente de carpe à roseau vivant dans les juridictions des affluents du Saint-Laurent ? Asian Carpe Response in the Midwest dont fait parti le MFFP ne semble pas croire que ça puisse se faire dans un horizon même lointain.

Le ministère n’est pas en mesure de conclure qu’il existe une population viable dans le fleuve, mais conclut que l’interdiction de la pêche aux menés vivants est son seul mécanisme pour contrer la propagation d’une espèce qui nous arrive des États-Unis et probablement de l’Ontario ?

«Les informations disponibles à ce jour ne permettent pas d’estimer l’abondance de cette espèce ni de vérifier s’il y a reproduction et recrutement dans le fleuve.»

Le ministère insiste que les pêcheurs commerciaux de menés ne seront pas en mesure de faire la distinction entre des alevins de carpe asiatique et des autres espèces. Pourtant les pêcheurs commerciaux sont légalement tenus de trier plus de 60 espèces interdites de leurs bassins en plus toute espèce de poisson qui n'est pas indigène au Québec selon nos permis.

Quel est le plan du ministère pour détecter la présence de carpe de roseau en empêchant la pêche commercial aux menés ? C’est tout de même un pêcheur commercial qui a récupéré le spécimen de Contrecoeur et non des intervenants du Ministère. Aucune carpe asiatique n’a été capturée lors des différents inventaires du réseau de suivi ichtyologique (RSI), qui est l’outil sur lequel repose toute la gestion des espèces piscicoles du couloir fluvial de la part du Ministère de la forêt de la faune et des parcs (MFFP).

Nous mettons en doute le fait que la carpe de Contrecœur soit un spécimen pouvant se reproduire tant que le ministère ne produira pas les données scientifiques à cet effet. Nous trouvons très curieux que le ministère sente le besoin d’être spécifique sur cet aspect quand ils nous laissent dans le flou pour tous les autres points entourant le dossier :

«Une première carpe de roseau a été capturée le 27 mai 2016 à Contrecœur par un pêcheur commercial. Au moment de sa capture, la taille et le poids records de cet individu (1,26 m et 29 kg) ainsi que l’état de son système reproducteur donnaient à croire qu’il s’agissait d’un spécimen âgé de plus de 15 ans, probablement stérile. L’analyse approfondie des structures osseuses et des organes du spécimen, en collaboration avec les spécialistes de cette espèce en Amérique du Nord, a toutefois permis d’établir qu’il s’agissait d’une femelle fertile âgée d’environ neuf ans.»

Nous ne trouvons, pour l’instant, aucune littérature scientifique faisant mention de la découverte d’alevins ou de fretins de carpe de roseau, en effet aucune capture n’a été réalisée lors des nombreuses pêches du réseau de suivi ichtyologique (RSI) du MFFP. Nous aimerions savoir sur quelle base le ministère conclut qu’il serait possible que la pêche aux menés vivants soit un vecteur de propagation dans ces circonstances ?

Le MFFPQ nous annonce une catastrophe avec l'arrivée des carpes asiatiques dans le fleuve.

Précisons d'abord que ces poissons d'eaux chaudes se retrouveront dans le fleuve à la limite nord de leur distribution possible en Amérique du nord. Cela implique une saison de croissance d'environ 4 mois et une période léthargique de 8 mois. A l'instar des moxostomes, la fraie se produira en mai et les carpes s'alimenteront peu durant cette période malgré l'atteinte de temperatures propices à l'alimentation puisque les gonades emplissent la cavité abdominale ce qui entraîne l'atrophie du système digestif.

Une saison de croissance de 4 mois nous amène donc au début octobre alors que la température de l'eau diminue jusqu'à quitter le gradient thermique préférentiel pour l'alimentation des carpes. Survient alors la période lethargique lorsque la température de l'eau passe sous 4 a 5°C. Avec une saison de croissance de 4 mois, les jeunes carpes atteignent alors moins de 10 cm à la hauteur du lac St-Pierre car leur régime alimentaire offre moins de rendement que celui des piscivores. A cette latitude, seuls les esocidés (brochets) peuvent atteindre ou dépasser cette taille.

En lethargie, les jeunes poissons de moins de 10 cm bougent peu mis à part quelques individus et ils ne s'alimentent pas. Ils deviennent alors des proies faciles pour les esocidés, les dorés et les lottes qui sont actifs tout l'automne et l'hiver et qui profitent des eaux froides plus oxygénées pour chasser dans les eaux peu profondes et les herbiers donc dans l'habitat des jeunes carpes.

Par ailleurs, ils se produit un autre phénomène d'incidence non négligeable pour les jeunes carpes soit les migrations automnales et printanières des oiseaux aquatiques piscivores le long du fleuve Saint-Laurent. En novembre jusqu'en décembre, plusieurs milliers de cormorans et de harles séjournent dans les eaux douces du fleuve, notamment au lac Saint-Pierre. Le même phénomène se produit tôt au printemps de chaque année. Le secteur faune du gouvernement nous informait récemment qu'a eux seuls les cormorans du lac St Pierre consommaient annuellement jusqu'à 14 tonnes de perchaudes. Compte tenu de la facilité à capturer les jeunes carpes lethargiques, il est raisonnable de croire que ces oiseaux consommeront quelques tonnes de jeunes carpes à chaque année.

Enfin, les pêcheurs commerciaux du fleuve Saint Laurent, notamment ceux qui sont affectés par le moratoire sur la perchaude, ont développé le marché de la carpe. Par conséquent, ils sont particulièrement actifs durant la fraie des carpes au printemps, période durant laquelle ils prélèvent un tonnage considérable. Nul doute donc que cette industrie contribuera à contrôler les populations de carpes puisqu'elle en obtient un revenu important.

À cause de la léthargie hivernale, les carpes asiatiques pourront difficilement s'établir dans la zone de marées du couloir fluvial soit en aval de Trois-Rivieres. En effet, durant la période de glaciation hivernale, les marées provoquent a une périodicité élevée l'affaissement du couvert de glace dans les milieux humides. À l'interieur d'une certaine gamme de niveaux d'eau durant l'hiver, les glaces se déposent au fond 2 fois par jour dans la zone d'estran, écrasant ou emprisonnant les organismes aquatiques léthargiques ou incapables de se déplacer. Les poissons actifs durant l'hiver se sont adaptés à ce phénomène en effectuant des migrations en fonction du flot et du jusant de la marée pour s'alimenter dans les milieux humides et les eaux peu profondes de la zone d'estran ce qui n'est pas le cas des poissons lethargiques comme les carpes qui sont confinées et statiques dans ces mêmes habitats.

Il y a aussi périodiquement des événements léthaux en hiver dans ces régions du fleuve. En effet, des mortalités massives de poissons d'eau chaude en léthargie peuvent survenir lorsque se combinent les niveaux d'eau susmentionnés, des fortes marées et de forts vents. Le couvert de glace peut alors se mettre en mouvement et la banquise érode et triture les fonds de substrats mous fréquentés par ces poissons. Il peut en résulter la mortalité de plusieurs tonnes de carpes comme l'événement documenté il y a quelques années dans la région de Gentilly.

En conclusion et compte tenu de ce qui précede, il apparaît que la venue des carpes asiatiques à nos latitudes ne saurait constituer un probleme puisque ces especes font face à des limitations importantes à leur implantation en grand nombre dans nos eaux, notamment la temperature de l'eau.

Le gouvernement vient de débloquer 1,7 millions $ pour documenter la problématique...

- Raymond Faucher, biologiste

Pour communiquer avec nous :
info@menes.quebec