Carpe de roseau

Le but du présent dossier sur la carpe de roseau n’est pas de mettre en cause les traces d’ADN découverts par le Dr Louis Bernatchez mais plutôt pour en dissocier les dossiers de la pêche aux menés qui n’a rien à voir avec ce sujet.

Saviez-vous que vous pouvez acheter des carpes de roseau entre autres en Alberta, Ohio, Pennsylvanie et à New York pour contrôler les herbes dans les piscicultures ?

Saviez-vous que ces carpes sont supposés être stérilisées mais que le processus n’est pas efficace à 100% ?

Saviez-vous qu’il était possible d’acheter des carpes de roseau vivantes en Ontario et qu’il est fort possible qu’elles aient été libérées directement dans le Lac Ontario ?

Est-ce que le ministère est en mesure de faire cesser la pratique de la vente de carpe à roseau vivant dans les juridictions des affluents du Saint-Laurent ? Asian Carpe Response in the Midwest dont fait parti le MFFP ne semble pas croire que ça puisse se faire dans un horizon même lointain.

Le ministère n’est pas en mesure de conclure qu’il existe une population viable dans le fleuve, mais conclut que l’interdiction de la pêche aux menés vivants est son seul mécanisme pour contrer la propagation d’une espèce qui nous arrive des États-Unis et probablement de l’Ontario ?

«Les informations disponibles à ce jour ne permettent pas d’estimer l’abondance de cette espèce ni de vérifier s’il y a reproduction et recrutement dans le fleuve.»

Le ministère insiste que les pêcheurs commerciaux de menés ne seront pas en mesure de faire la distinction entre des alevins de carpe asiatique et des autres espèces. Pourtant les pêcheurs commerciaux sont légalement tenus de trier plus de 60 espèces interdites de leurs bassins en plus toute espèce de poisson qui n'est pas indigène au Québec selon nos permis.

Quel est le plan du ministère pour détecter la présence de carpe de roseau en empêchant la pêche commercial aux menés ? C’est tout de même un pêcheur commercial qui a récupéré le spécimen de Contrecoeur et non des intervenants du Ministère. Aucune carpe asiatique n’a été capturée lors des différents inventaires du réseau de suivi ichtyologique (RSI), qui est l’outil sur lequel repose toute la gestion des espèces piscicoles du couloir fluvial de la part du Ministère de la forêt de la faune et des parcs (MFFP).

Nous mettons en doute le fait que la carpe de Contrecœur soit un spécimen pouvant se reproduire tant que le ministère ne produira pas les données scientifiques à cet effet. Nous trouvons très curieux que le ministère sente le besoin d’être spécifique sur cet aspect quand ils nous laissent dans le flou pour tous les autres points entourant le dossier :

«Une première carpe de roseau a été capturée le 27 mai 2016 à Contrecœur par un pêcheur commercial. Au moment de sa capture, la taille et le poids records de cet individu (1,26 m et 29 kg) ainsi que l’état de son système reproducteur donnaient à croire qu’il s’agissait d’un spécimen âgé de plus de 15 ans, probablement stérile. L’analyse approfondie des structures osseuses et des organes du spécimen, en collaboration avec les spécialistes de cette espèce en Amérique du Nord, a toutefois permis d’établir qu’il s’agissait d’une femelle fertile âgée d’environ neuf ans.»

Nous ne trouvons, pour l’instant, aucune littérature scientifique faisant mention de la découverte d’alevins ou de fretins de carpe de roseau, en effet aucune capture n’a été réalisée lors des nombreuses pêches du réseau de suivi ichtyologique (RSI) du MFFP. Nous aimerions savoir sur quelle base le ministère conclut qu’il serait possible que la pêche aux menés vivants soit un vecteur de propagation dans ces circonstances ?

Le MFFPQ nous annonce une catastrophe avec l'arrivée des carpes asiatiques dans le fleuve.

Précisons d'abord que ces poissons d'eaux chaudes se retrouveront dans le fleuve à la limite nord de leur distribution possible en Amérique du nord. Cela implique une saison de croissance d'environ 4 mois et une période léthargique de 8 mois. A l'instar des moxostomes, la fraie se produira en mai et les carpes s'alimenteront peu durant cette période malgré l'atteinte de temperatures propices à l'alimentation puisque les gonades emplissent la cavité abdominale ce qui entraîne l'atrophie du système digestif.

Une saison de croissance de 4 mois nous amène donc au début octobre alors que la température de l'eau diminue jusqu'à quitter le gradient thermique préférentiel pour l'alimentation des carpes. Survient alors la période lethargique lorsque la température de l'eau passe sous 4 a 5°C. Avec une saison de croissance de 4 mois, les jeunes carpes atteignent alors moins de 10 cm à la hauteur du lac St-Pierre car leur régime alimentaire offre moins de rendement que celui des piscivores. A cette latitude, seuls les esocidés (brochets) peuvent atteindre ou dépasser cette taille.

En lethargie, les jeunes poissons de moins de 10 cm bougent peu mis à part quelques individus et ils ne s'alimentent pas. Ils deviennent alors des proies faciles pour les esocidés, les dorés et les lottes qui sont actifs tout l'automne et l'hiver et qui profitent des eaux froides plus oxygénées pour chasser dans les eaux peu profondes et les herbiers donc dans l'habitat des jeunes carpes.

Par ailleurs, ils se produit un autre phénomène d'incidence non négligeable pour les jeunes carpes soit les migrations automnales et printanières des oiseaux aquatiques piscivores le long du fleuve Saint-Laurent. En novembre jusqu'en décembre, plusieurs milliers de cormorans et de harles séjournent dans les eaux douces du fleuve, notamment au lac Saint-Pierre. Le même phénomène se produit tôt au printemps de chaque année. Le secteur faune du gouvernement nous informait récemment qu'a eux seuls les cormorans du lac St Pierre consommaient annuellement jusqu'à 14 tonnes de perchaudes. Compte tenu de la facilité à capturer les jeunes carpes lethargiques, il est raisonnable de croire que ces oiseaux consommeront quelques tonnes de jeunes carpes à chaque année.

Enfin, les pêcheurs commerciaux du fleuve Saint Laurent, notamment ceux qui sont affectés par le moratoire sur la perchaude, ont développé le marché de la carpe. Par conséquent, ils sont particulièrement actifs durant la fraie des carpes au printemps, période durant laquelle ils prélèvent un tonnage considérable. Nul doute donc que cette industrie contribuera à contrôler les populations de carpes puisqu'elle en obtient un revenu important.

À cause de la léthargie hivernale, les carpes asiatiques pourront difficilement s'établir dans la zone de marées du couloir fluvial soit en aval de Trois-Rivieres. En effet, durant la période de glaciation hivernale, les marées provoquent a une périodicité élevée l'affaissement du couvert de glace dans les milieux humides. À l'interieur d'une certaine gamme de niveaux d'eau durant l'hiver, les glaces se déposent au fond 2 fois par jour dans la zone d'estran, écrasant ou emprisonnant les organismes aquatiques léthargiques ou incapables de se déplacer. Les poissons actifs durant l'hiver se sont adaptés à ce phénomène en effectuant des migrations en fonction du flot et du jusant de la marée pour s'alimenter dans les milieux humides et les eaux peu profondes de la zone d'estran ce qui n'est pas le cas des poissons lethargiques comme les carpes qui sont confinées et statiques dans ces mêmes habitats.

Il y a aussi périodiquement des événements léthaux en hiver dans ces régions du fleuve. En effet, des mortalités massives de poissons d'eau chaude en léthargie peuvent survenir lorsque se combinent les niveaux d'eau susmentionnés, des fortes marées et de forts vents. Le couvert de glace peut alors se mettre en mouvement et la banquise érode et triture les fonds de substrats mous fréquentés par ces poissons. Il peut en résulter la mortalité de plusieurs tonnes de carpes comme l'événement documenté il y a quelques années dans la région de Gentilly.

En conclusion et compte tenu de ce qui précede, il apparaît que la venue des carpes asiatiques à nos latitudes ne saurait constituer un probleme puisque ces especes font face à des limitations importantes à leur implantation en grand nombre dans nos eaux, notamment la temperature de l'eau.

Le gouvernement vient de débloquer 1,7 millions $ pour documenter la problématique...

- Raymond Faucher, biologiste

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