Notre réponse à la lettre d'opinion du 23 mars dans Le Devoir

Contrecœur, le 24 mars 2017

Rédaction
Le Devoir
1265, Berri, 8e étage
Montréal (Québec) H2L 4X4

Bonjour,

La présente fait suite à votre lettre d’opinion* du 23 mars dans Le Devoir : « Interdire les poissons-appâts vivants, une décision difficile mais nécessaire »

Une décision difficile… Pour qui ?

Pour le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) qui a choisi d’en faire l’annonce de façon injustement précipitée alors qu’il n’y avait aucune urgence d’agir. Pour ce même ministère qui a pris cette décision sans même valider ses suppositions avec les gens de l’industrie au préalable, se privant du même coup de données terrain tangibles.

Une décision nécessaire… Vraiment ?

Faut-il rappeler ici que le MFFP n’a aucun plan d’action pour lutter contre les poissons envahisseurs. Rappelons aussi qu’il a volontairement choisi de faire l’annonce de sa décision d’interdire l’utilisation de poissons-appâts vivants en l’associant de façon erronée au dossier de carpe des roseaux pour donner l’illusion qu’il s’attaque au problème. Résultat, une désinformation du public qui mélange maintenant les deux dossiers pourtant bien distincts. Faut-il se surprendre que vous ne fassiez pas non plus, dans votre lettre, la nuance entre l’amalgame de ces deux dossiers en considérant que les recherches du Dr Bernatchez sont financées par le MFFP.

Si le MFFP maintient sa décision, le Québec sera la seule juridiction canadienne à légiférer l’interdiction de l’utilisation de menés vivants sans même avoir la preuve qu’il existe une communauté viable de carpes de roseau. L’élimination des poissons-appâts va à l’encontre des autres juridictions des affluents du fleuve Saint-Laurent. Même la législation dans les Grands Lacs ne prévoit rien en ce sens. Cela signifie que d’une rive à l’autre, la réglementation sera différente à certains endroits. Il ne faudra surtout pas oublier d’en aviser les poissons.

Dans votre lettre, vous écrivez que « […] cette nouvelle réglementation réside dans le fait que les carpes juvéniles peuvent être confondues avec les espèces de menés […] ». Sachez que dans le cadre de leur travail, les pêcheurs commerciaux effectuent déjà le triage des menés par grosseur et par espèce. Lors de cette opération, ils détectent facilement les espèces envahissantes du lot. La réglementation actuelle du MFFP est à ce point absurde que plutôt que de détruire les espèces envahissantes lorsque détectées dans leurs filets, le ministère les force à les remettre à l'eau.

Une comparaison douteuse

Dans vos propos, vous faites une comparaison avec le lac Saint-Jean. Il s’agit toutefois d’un parallèle douteux puisque les saisons y sont beaucoup plus longues que sur le fleuve Saint-Laurent et que la pêche s’y pratique de façon très variée avec la possibilité de pêcher des poissons de fond, contrairement au fleuve.

Si vous voulez faire un véritable parallèle, prenons plutôt l’exemple de la communauté de pêche blanche qui est rapidement disparue à la suite de l’interdiction de pêche aux poissons-appâts vivants dans les lacs Memphrémagog et Brome, car cela est ni plus ni moins ce qui attend les communautés de pêche du long du fleuve si le MFFP maintient sa décision. C’est non seulement la pêche sportive qui disparaitra, mais aussi une activité économique aux retombées plus qu’appréciables. Nous comptons près de 35 centres de pêche et associations dans les zones 7,8 et en Outaouais et plus de 40 détaillants. Nous estimons que chacun d’eux génère en moyenne 100 000 $ par année et que la portion de vente de poissons-appâts se chiffre à 35 000 $ annuellement. Ce sont 4,9 M$ de retombées directes qui disparaîtront dans les villes et les villages qui dépendent de ces retombées directes et des retombées indirectes qu’elles entraînent également.

En terminant, ajoutons que les propres études du ministère indiquent qu’il n’existe aucun substitut de leurres au menés vivants, et ce, quelles que soient la créativité et l’ingéniosité des pêcheurs.

Menes.quebec, un regroupement de centres de pêche, de pêcheurs commerciaux, d'associations et de pêcheurs sportifs souhaite pouvoir discuter avec le ministre et les intervenants concernés des solutions pour conserver la pêche blanche aux menés vivants, car de véritables solutions où tous seraient gagnants, il y en a. Il suffirait de pouvoir en discuter.

Nous vous prions d’agréer nos salutations distinguées.

David Joly, fondateur du regroupement menes.quebec,
et les membres de menes.quebec
menes.quebec
4865, rue Legendre 
Contrecœur, (Québec) 
J0L 1C0

*http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/494571/interdire-les-poissons-appats-vivants-une-decision-difficile-mais-necessaire.

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