Le 28 février dernier, le ministère de la Forêts, Faune et Parcs annonçait la fin de la pêche aux poissons-appâts vivants dans les zones 7, 8 et 25 en utilisant comme prétexte la découverte d’ADN de carpe de roseau dans le fleuve Saint-Laurent. En soi cette découverte n’était pas une surprise puisqu’un spécimen avait été capturé à Contrecœur le 27 mai 2016, mais à la stupéfaction de tous le ministère a fait un amalgame avec le dossier de la carpe de roseau et celui de la pêche aux poissons-appâts vivants et déclarait l’état d’urgence malgré l’absence de faits flagrants. En agissant ainsi, le ministère a pris de court l’industrie de la pêche en opérant de façon disgracieuse en communiquant aux élus en dissimulant de l’information, en utilisant des demi-vérités et en tirant des conclusions sans aucune corroboration scientifique. L’industrie de la pêche a dû s’organiser sous une nouvelle association « menés.quebec » tout en devant décortiquer plusieurs sujets forts complexes auprès des élus municipaux et provinciaux. Heureusement, les faits nous donnent raison. Nous devons aussi combattre les faits alternatifs véhiculés par les communications du ministère. Le présent document est la première édition de la rectification des faits et des conséquences désastreuses de la décision d’interdire la pêche aux poissons-appâts vivants.

Suite à l’interdiction de la pêche aux poissons-appâts vivants sur les Lac Memphrémagog et au Lac Brome, les villages de pêche blanche sont disparus au bout de 2 ans faute de succès aux appâts morts. Même les propres études du ministère démontrent que seuls les appâts vivants sont efficaces à la pêche blanche dans le corridor fluvial.

Appât Capture Capture (%)
Mené vivant 76 51,354
Mené fraîchement mort 49 33,11
Ver de terre 18 12,216
Crevette cuite 5 3,38
Asticot artificiel 0 0
Total 148 100

Lorsque nous parlons de demi-vérités, le ministère affirme que les appâts morts sont une alternative viable à la pêche aux appâts vivants, mais nous remarquons que l’étude du ministère utilise du mené fraîchement mort ce qui sera désormais interdit. La technique utilisée dans l’étude consistait à transporter les appâts vivants et de les tuer directement sur le site de pêche. La chaire et l’odeur de l’appât n’ont donc pas été sujettes à la décomposition. Les résultats de pêche obtenus aux appâts morts dans cette étude ne sont donc pas véridiques.

Vous pouvez télécharger l'étude complète ici : POISSONS APPÂTS ET APPÂTS ALTERNATIFS : COMPARAISON DU SUCCÈS DE PÊCHE À LA BRIMBALE EN SAISON HIVERNALE

Chaque type de pêche et chaque région offre ses particularités. Les comparaisons faites par le ministère en insistant sur le fait que les pêcheurs du fleuve dans les régions 7, 8 et 25 vont pouvoir adapter leurs techniques de pêche à celle des gens du Saguenay. En fait, comparer deux biodiversités dans des habitats dont les poissons de fourrage (nom que l’on donne aux poissons qui servent d’alimentation aux prédateurs) sont si différents pour la pêche blanche démontre à quel point ils sont de mauvaise foi. Les pêcheurs d’hiver du fleuve pêchent le doré, la perchaude et le brochet dans des profondeurs de 6 à 30 pieds dans un écosystème avec plus de 78 espèces présentes dont une vingtaine forment la base fondamentale de l’alimentation. Il est intéressant de noter que le gobie à tache noire qui est une espèce envahissante introduite par les eaux de ballast est maintenant intégré dans la chaîne alimentaire du fleuve. Tandis que les pêcheurs du Saguenay pêchent de l’éperlan pour manger et pour s’en servir comme appât frais pour les autres espèces (le sébaste, l’ogag, la morue et le turbot) en eaux très profondes (jusqu’à 300 pieds) dans une eau saumurée (salée). On utilise donc l’éperlan, qui est le poisson de fourrage servant de base alimentaire, y compris pour le doré et de perchaude qui s’y pêchent.

De plus, la pêche sur le fleuve se fait à l’extérieur tandis qu’au Saguenay, tout comme aux petits poissons des chenaux, la pêche s’effectue à l’intérieur des cabanes à la dandinette.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs multiplie les refus de publication des données du sondage public qu’ils ont effectué en ligne du 22 novembre au 22 décembre 2016 au sujet des poissons-appâts. Les nombreuses demandes d’accès à l’information sont refusées en invoquant, entre autres, le « secret industriel qui lui appartient ».

Les centres de pêche et les pourvoiries ne font pas ce combat pour le plaisir. Ce sont des professionnels qui servent leurs clientèles de pêche blanche depuis des décennies et qui la connaissent. Si une alternative était viable, tous seraient en train de se préparer à la prochaine saison sans se soucier de leur fermeture imminente. Il est important de regarder où se situent les principaux lieux de pêche blanche. La région du Haut-Richelieu se trouve à quelques minutes de ses voisins américains où la pêche aux appâts vivants sera toujours permise. La région de Vaudreuil-Soulanges est à 20 minutes d’auto de l’Ontario où la pêche aux poissons-appâts vivants sera toujours permise et l’Outaouais se trouve à quelques pas de l’Ontario sur sa rivière où la pêche aux menés vivants sera permise. Les pêcheurs d’hiver ne changeront pas leurs habitudes traditionnelles efficaces pour les troquer pour des techniques de pêche inefficaces. Nous assisterons à un exode des clientèles qui n’auront qu’à faire quelques minutes de route de plus pour pratiquer cette activité familiale et seront reçues à bras ouverts par les centres de pêche américains et ontariens. L’économie des régions québécoises touchées se trouvera dévastée en pleine saison d’hiver.

Il est à noter qu’il s’est perdu 55 000 permis de pêche en 2 ans au Québec passant de 772 000 en 2014 à 711 000 en 2016. Pourtant nous assistons à une hausse du nombre de permis chez nos voisins limitrophes de l’Ontario dont le nombre de permis est passé de 900 000 en 2014 à 1 200 000 en 2016 comprenant 432 000 permis pour les non-résidants. Le Québec en compte près de 10 fois moins avec seulement 44 000 permis.

Cette diminution du nombre de permis ne fera que s’accentuer au cours des prochaines années si l’interdiction de la pêche aux menés vivants est maintenue. Ce type de restrictions ne fera que nuire aux efforts du ministère de stimuler la relève auprès des pêcheurs dont la contribution économique n’est plus à démontrer. Sans compter que l’on parle ici d’un type de pêche qui interpelle justement particulièrement les familles.

À part perdre de l'argent et détruire l'industrie de la pêche blanche que gagnons-nous ?

Contrairement à ce que laisse sous-entre le ministre et son ministère, le Québec est la seule juridiction du Saint-Laurent et des ses affluents qui va interdire la pêche aux poissons-appâts vivants.

La zone d'interdiction
Le Québec est isolé

Ontario

Nos voisins ontariens terminent une consultation sur la gestion de l’industrie des poissons-appâts.

Les objectifs suivants ont été établis afin d’orienter l’examen de la politique relative à la gestion des appâts et sont proposés afin d’être inclus dans la politique stratégique relative à la gestion des appâts en Ontario :

  • les appâts sont gérés afin de protéger la santé des écosystèmes aquatiques;
  • l’utilisation durable des appâts permet d’améliorer la qualité de vie de la population ontarienne en offrant des avantages sur les plans récréatif, social et économique;
  • les appâts sont gérés afin de conserver les ressources et d’assurer la viabilité de l’industrie des appâts;
  • la gestion des appâts, qui est simple à mettre en œuvre, est évolutive, efficace et uniforme à l’échelle de la province.

États-Unis

Aucun état américain des affluents du Saint-Laurent n’a l’intention de changer sa politique pour imiter le Québec.

Il est possible de se procurer des carpes de roseau pour contrôler les herbes dans les piscicultures ou étangs dans plus de 12 points à New York, 18 en Pennsylvanie et 30 en Ohio. Il est aussi possible de s’en procurer légalement en Alberta et ce malgré le fait que Pêche et Océans Canada interdit toute carpe de roseau sur son territoire. Les États-Unis combattent cette espèce envahissante dans ses eaux depuis longtemps, mais permettent quand même de posséder jusqu’à 15 carpes de roseau par étang sur son territoire. C’est d’ailleurs via des inondations de piscicultures et d’étangs que les espèces catégorisées sous les « carpes asiatiques » se sont retrouvées en Amérique. Ce n’est pas à cause de la pêche aux poissons-appâts vivants.

La pêche aux poissons-appâts vivants se fait dans le circuit fermé du fleuve et de ses affluents. Seules les espèces déjà présentent dans ce circuit peuvent être utilisées. En plus, les espèces sont triées et les espèces envahissantes rejetées à l’eau sous l’ordre du ministère. menés.québec propose plutôt la récolte et la destruction des espèces envahissantes pour tenter d’en contrôler les populations et de les étudier.

Le facteur humain est bel et bien présent dans la dispersion de la carpe de roseau, mais tout comme le mentionne le Conseil Québécois des Espèces Envahissantes, les communautés culturelles relâchent parfois en nature des organismes aquatiques, dont la carpe de roseau, dans le cadre de leurs pratiques religieuses. Pourtant le ministère ne semble pas avoir de plan de lutte contre cette pratique.

Les responsables du ministère estiment que la possibilité de dispersion des poissons-appâts vivants dans le fleuve est un facteur de risque qu’ils ne veulent pas gérer, mais ils affirment du même coup que les individus de carpe de roseau peuvent se déplacer jusqu’à 1 000 km. Or, il n’en est rien puisque le plus grand déplacement de carpe de roseau enregistré en Amérique du Nord-est de seulement 105 km (65 milles) entre l’Ohio et Pointe Pelee en Ontario.

Il est donc raisonnable d’assumer que SI un alevin était découvert et qu’il s’avérait qu’il se soit déplacé au sein même du circuit fermé du fleuve où il se trouve déjà dans les zones 7, 8 et 25 dans laquelle il ne pourrait pas voyager plus de 240 km ce qui représente la distance entre la frontière ontarienne du fleuve Saint-Laurent et la ville de Trois-Rivières.

Il resterait donc à l’intérieur des limites qu’il serait en mesure de parcourir naturellement. Ajoutons à cette équation le fait que les poissons-appâts doivent être triés, qu’ils sont utilisés comme appâts et que les pêcheurs doivent disposer des appâts non utilisés de façon sécuritaire nous obtenons un risque de dispersion nul selon les propres informations du ministère.

Les bases fondamentales d’une saine gestion des ressources et des utilisateurs n’a pas été appliquée dans la décision visant à interdire la pêche aux poissons-appâts vivants qui met en péril le précieux équilibre entre la gestion des ressources halieutiques et les besoins des utilisateurs. Il est possible de prendre tous les éléments factuels en considération pour prendre une décision plus équitable et optimale pour le Québec.

Pour communiquer avec nous :
info@menes.quebec