Pêche blanche : Portrait sommaire d’une industrie touristique en péril

Des villages folkloriques instantanés

L’activité de la pêche blanche au Québec est une industrie qui fait pousser des villages folkloriques instantanés qui sont des moteurs touristiques importants dans plusieurs régions qui n’ont pas d’autres attraits pour générer une activité économique importante durant les mois de janvier à mars.

Village de pêche
Le village de pêche de Contrecœur

Contexte

L’industrie de la pêche blanche ne s’est jamais organisée en association au Québec. Les pourvoyeurs des petits poissons de chenaux sont l’exception à la règle. Toutefois depuis l’annonce du 28 février dernier du ministère de la Forêts, Faune et Parcs de mettre fin à la pêche aux poissons appâts vivants dans les zones de pêche 7, 8 et 25, les centres de pêche, pourvoyeurs et associations se sont regroupés sous l’association menés.quebec pour faire comprendre que ce changement va provoquer la disparition de la pêche blanche organisée comme ce fût le cas au Lac Memphrémagog et au Lac Brome à la suite de l’interdiction de la pêche aux menés vivants.

Un exode touristique garanti

Le changement de règlementation touche principalement les zones du Québec qui sont limitrophes aux autres juridictions du fleuve Saint-Laurent et de ses affluents qui eux continuent de permettre la pêche aux poissons-appâts vivants. La région de Venise-en-Québec sur le Lac Champlain où des investissements majeurs se sont faits au cours des dernières années au niveau des infrastructures touristiques verra sa clientèle se déplacer chez les pourvoyeurs américains à quelques minutes de route seulement déplaçant ainsi des retombées économiques touristiques importantes. Les centres de pêche de la région du Lac des Deux Montagnes verra un exode de sa clientèle qui fera une vingtaine de minutes de route de plus pour aller en Ontario où la pêche aux poissons-appâts sera toujours permise. La clientèle de la rivière des Outaouais n’aura qu’à faire quelques pas de plus sur la glace pour traverser la frontière et pêcher dans des centres de pêche ontariens qui, eux aussi, pourront utiliser les poissons-appâts vivants.

La situation est en tout point identique pour l’interdiction des poissons-appâts morts l’été qui va priver les pourvoyeurs québécois d’une clientèle internationale de pêcheurs qui font des sorties familiales en pourvoirie en fonction du type d’appât qu’ils peuvent utiliser.

Des solutions pour garantir la sécurité écologique et économique du Québec

menés.quebec a proposé au MFFP des solutions qui garantiraient la traçabilité, la formation et la surveillance de l’industrie des poissons-appâts. Ces solutions sont appuyées par des biologistes, des collaborateurs de longue date du ministère et même d’anciens directeurs régionaux du MFFP, la Fédération Québécoise des Chasseurs et Pêcheurs et la Fédération des Pourvoiries du Québec qui reconnaissent tous qu’il faut professionnaliser et moderniser cette industrie et qu’il faut la renouveler pour protéger les usagers de la ressource. Mettre fin à cette pêche est la solution trop facile qui menace l’économie touristique reliée à cette activité économique et touristique.

Une cabane à sucre sans sirop d’érable

Les études du MFFP démontrent que le seul appât fonctionnel pour la pêche blanche sur le fleuve Saint-Laurent est le poisson-appât vivant (voir l’étude complète en annexe).
Nombre de perchaudes capturées à la pêche à la brimbale en fonction des appâts utilisés lors d’une expérience réalisée en mars 2009 au lac des Deux Montagnes (expérience A).

Appât* Capture Capture (%) Capture par
brimbale-heure
Efficacité relative
au mené vivant (%)
Méné vivant  76 51,354 0,185 100
Méné fraîchement mort 49 33,11 0,119 64
Ver de terre  18 12,216 0,044 24
Crevette cuite  5 3,38 0,012 7
Asticot artificiel  0 0 - -
Total 148 100

* L’effort de pêche est le même pour tous les appâts. 
Il est intéressant de noter que le pour le mené mort l’étude a utilisée des : « Mené fraîchement mort » ce qui n’est pas permis pas la réglementation actuelle.

On demande à l’industrie de la pêche blanche l’équivalent d’interdire le sirop d’érable dans les cabanes à sucre en essayant de nous convaincre que l’impact au niveau de l’achalandage sera négligeable. L’aspect traditionnel et folklorique de l’utilisation des menés vivants, jumelé aux résultats de pêche intéressants, forment l’expérience qui est appréciée des touristes de la pêche.

Centres de pêche et détaillants de menés

Nous comptons près de 35 centres de pêche et associations dans les zones 7, 8 et en Outaouais Nous comptons plus de 40 détaillants dans ces mêmes zones.

Une activité abordable pour la famille

Selon une étude réalisée en 2003 par le MFFP au Lac Saint-Pierre intitulé « La pêche sportive au lac Saint-Pierre 2003 Pêche sur la glace évaluation des retombées économiques » chaque groupe de pêcheurs récréatifs se composait de 3,66 personnes et dépensait en moyenne la somme de 53,55$ par groupe. Toujours selon cette étude, le gouvernement du Québec récupérait 16% de l’ensemble des dépenses des pêcheurs sous forme de revenus fiscaux ou parafiscaux. Il est à noter que les tarifs en vigueur au Lac St-Pierre en 2004 étaient les suivants :

Dépenses quotidiennes Droits d’accès/jour Service de perçage de trou Location de ligne de pêche Achat de ménés Forfaits sur semaine Forfaits en fin de semaine Permis de pêche saisonnier
Tarifs 2004 3 à 5 $ par automobile 0,50$ 0,50 à 0,75$ 2 à 3$ 20 à 40 $ 40 à 50 $ 16,25$
Tarifs 2017 3$ par personne 1$ 8,50$ Triés 70$ 85$ 30,58$
Commentaires Par trou Par ligne Par douzaine

Nous pouvons donc conclure que les dépenses moyennes doivent se situer à plus de 110$ par groupe en 2017.

Selon l’étude de l’Université de Sherbrooke « La valeur économique de la pêche blanche et des services écosystémiques du Lac Saint-Pierre : Analyse coûts-avantages des stratégies d’adaptation aux changement climatiques » de février 2016, on constate que près de 56% des répondants ont un revenu annuel compris entre 30 000 et 75 000$. C’est une activité qui est donc majoritairement pratiquée par les individus à revenu moyen.

Des données préliminaires qui laissent présager des retombées substantielles

Pour la région du Lac Champlain nous comptons plus de 700 cabanes à pêche permanentes dont près de 250 dédiées à la location journalière et plus de 100 à la location saisonnière. Il faut ajouter à ce nombre près de 200 cabanes qui louent un espace journalier et repartent avec leur cabane à la fin de journée. Selon les seules données officielles disponibles de 2003-2004 sur la région du Lac St-Pierre, chaque groupe se composait de 3,66 personnes et dépensait en moyenne 53,55$ par jour. Selon nos données ce montant se situe à plus de 110$ en 2017 (voir document en annexe). Ces données excluent l’hébergement et les repas qui ne sont pas offerts par les centres de pêche. Des projets hôteliers de 18 millions $ sont en cours à Venise-en-Québec et comptent sur l’achalandage de la pêche blanche en hiver et son pouvoir d’attractivité. En comptant sur un taux d’occupation de 85 % pour les cabanes en location journalière et saisonnière, on compte un chiffre d’affaire approximatif de 32 725$ par jour de touristes de la pêche pour la seule région du Lac Champlain. Ajoutons à ça un estimé de 40$ par cabane pour les 350 cabanes appartenant aux particuliers (l’équivalent d’un chalet) qui reçoivent régulièrement des parents et amis et nous ajoutons 14 000$ par jour en dépenses. La location d’espace journalier ajoute un montant de 6 000$ par jour. Ce qui porterait notre évaluation à 105 450$ de retombées directes à la pêche blanche par fin de semaine.

Les centres de pêche se sont regroupés pour une première fois avec les instances locales pour faire une première édition du Festival de la perchaude. Les organisateurs ont été pris de court par la popularité de l’activité et disent qu’ils auraient pu facilement vendre plus de 1 000 billets.

Ajoutons les tournois individuels des centres de pêche en plus des tournois privés comme celui de la Brasserie de l’Ouest de St-Jean-sur-Richelieu au Centre de pêche « Chez Bob » qui attire plus de 500 personnes à lui seul et nous avons une industrie qui déplace beaucoup de monde.

Le plaisir accru de la pêche blanche est son aspect « passif » grâce aux poissons appâts vivants qui permet aux groupes de passer du temps ensemble tout en surveillant les « touches » sur les brimbales installées. En effet, plutôt qu’être l’affaire d’un seul individu affairé à une ligne à pêche, nous avons un groupe qui surveille 10 lignes. Cet aspect en fait une activité de groupe par excellence et permet à tous de jumeler la pêche à d’autres activités. Les enfants peuvent patiner, s’amuser dans la neige tout en surveillant les brimbales.

Ajoutons à ça que la manipulation des menés vivants est un attrait pour les enfants et constitue très souvent leur premier contact avec la faune aquatique, l’activité de la pêche blanche aux menés vivants est le berceau de la relève de la pêche du Québec.

À Contrecœur, le Festival de la brimbale qui en était à sa première édition durant la saison 2017, la plus courte des 40 années d’existence de l’association, avec seulement 17 jours d’activité a généré un achalandage de près de 2 000 personnes sur le fleuve à Contrecœur. Cette communauté s’est doté de la plus grande brimbale au monde pour attirer les gens à venir découvrir leur village de pêche.

Dans Lanaudière à St-Ignace de Loyola, la Pourvoirie Roger Gladu accueille en moyenne 20 000 personnes par saison de pêche blanche qui dure en moyenne 8 semaines. Lors de son tournoi annuel, c’est plus de 3 600 personnes qui se retrouvent à pêcher au Lac St-Pierre. Selon les données recueillies par le maire Barthe de St-Ignace de Loyola, c’est 40% du chiffre d’affaire pour ses commerces de proximité sans compter l’achalandage généré dans la ville voisine de Berthier qui est beaucoup plus grosse.

Tout comme le renouveau des cabanes à sucre, l’industrie de la pêche blanche commence tout juste à valoriser et à réinventer son propre folklore dans le but d’attirer des clientèles internationales et pour attirer la clientèle urbaine qui désire vivre des expériences uniques.

Le Québec à la traîne

La pêche, une activité économique déjà en forte en baisse au Québec.

Tout d’abord, il faut savoir que depuis 2014, au Québec il s’est vendu annuellement 55 000 permis de pêche de moins. Ce qui représente une importante baisse dans les revenus du MFFP, soit une perte nette d’environ 1 600 000$ annuellement.

La pêche hivernale est une activité très populaire pratiquée par 204 000 pêcheurs. À elle seule, cette activité représente 28% de toutes les ventes annuelles de permis. En outre, les études ont démontré qu’elle engendre des retombées économiques d’environ 42 000 000$ annuellement. Selon les données du MFFP, le nombre d’adeptes de la pêche blanche était de 325 000 en 1985, c’est une chute de près de 120 024 adeptes en 27 ans ne fera que s’accentuer au cours des prochaines années quand les adeptes de pêche blanche de la grande région métropolitaine s’exileront à l’extérieur de la province pour pratiquer cette activité.

À titre comparatif en Ontario en 2010, les ventes de permis étaient de 900 000 unités (résidents et non-résidents). Puis en 2016 elles atteignaient 1 332 000 unités (900 000 permis pour résidents et 432 000 permis pour non-résidents). Il s’agit donc d’une hausse très remarquable de 48 %.

Durée des saisons à la baisse

Selon les données de l’Association de Chasse et Pêche de Contrecœur, la durée moyenne des saisons est passée de 45 à 40 jours suite aux saisons désastreuses de 2016 et 2017 pour l’industrie de la pêche blanche http://acpcontrecoeur.com/DureeDesSaisons.html Selon l’étude de l’Université de Sherbrooke : « Dans la mesure où les changements climatiques auront des effets sur la dynamique des populations de poissons du Lac Saint-Pierre (LSP), cela risque d’entraîner une perte de satisfaction chez les individus qui pratiquent la pêche à des fins récréatives. Les effets des changements climatiques se font déjà ressentir auprès des populations autochtones d’Odanak qui pratiquent la pêche sur glace sur le LSP. La saison de pêche s’est considérablement écourtée en raison des risques reliés à la minceur de la glace et aux coups d’eau pouvant emporter les cabanes de pêche, qui ne sont pratiquement plus utilisées. La saison est désormais d’environ trois semaines alors que par le passé, elle pouvait durer jusqu’à six semaines. Ce phénomène est plus marqué depuis 5 ans et semble plus fréquent (Picard, 2013). »

Un danger réel de fermetures

Selon l’étude menée au lac Saint-Pierre en 2004, 91% des pêcheurs d’hiver utilisaient la brimbale comme engin de pêche. Ceci confirme ce que nous décrions depuis le début sans pêche aux menés vivants, l’intérêt pour la pêche va s’estomper rapidement et les centres de pêche vont fermer dans un horizon de deux ans. C’est ce qui s’est passé au Lac Memphrémagog et au Lac Brome lors de l’interdiction de la pêche aux poissons-appâts vivants. Gilles Baril qui y vendait les poissons-appâts vivants écoulait plus de 1 000 gallons par an, l’année suivant l’interdiction y a vendu quelques douzaines de poissons-appâts morts et la deuxième année les quelques 700 cabanes sur les 2 plans d’eau n’y étaient plus.

Au moins deux centres de pêche blanche ont déjà annoncé leur fermeture.

Conclusion

La pêche blanche attire 5 fois plus de monde que la pêche estivale dans vos communautés.

Nous sommes d’avis que si nous comparons l’activité de pêche blanche à celle de la pêche estivale région par région que nous arriverons à des données surprenantes. Dans la région du Lac Champlain, avec ses 700 cabanes permanentes et 200 cabanes temporaires à 3,36 personnes (un chiffre qu’il faudrait revoir à la hausse selon nous) nous avons un total de 3 024 personnes par jour associées à l’activité de pêche la fin de semaine.

Contrairement à la croyance populaire, la pêche blanche attire beaucoup plus d’adeptes et à un coût d’entrée plus raisonnable que la pêche estivale et nous serions intéressés de participer aux études pour pouvoir le démontrer mais pour se faire, il faut commencer par sauver cette activité de sa disparition annoncée suite à la décision du MFFP.

Estimé du nombre de personnes pratiquant l’activité de pêche un jour de fin de semaine (arrondi)

Pêche blanche Pêche estivale
Lac Champlain 3000 500
Contrecœur 1000 300
Lac St-Pierre (St-Ignace) 1000 150
Total 5000 950

*Données à vérifier mais elles représentent une évaluation selon les observations de plusieurs pêcheurs et selon la capacité d’accueil des stationnements des descentes de bateaux. **Données vérifiées.

Les raisons de ce manque de données sont multiples, on achète pas une cabane de pêche chez un concessionnaire, elle n’a pas besoin d’essence pour rouler, l’achat de menés vivants n’est pas un achat chez un détaillant traditionnel, c’est donc difficile à mesurer.

Comme toute activité, la pêche en est une aussi de gradation qui débute par une journée de pêche blanche à coût raisonnable, suivi par quelques séjours en pourvoiries, par l’achat d’un bateau ou pour d’autres de voyages à la pêche au saumon. En éliminant le succès de pêche aux poissons-appâts vivants, il est peu probable que la relève s’intéresse à l’activité.

Pour communiquer avec nous :
info@menes.quebec